Appel

Jeunesse(s) et transitions vers l’âge adulte : quelles permanences, quelles évolutions depuis trente ans ?

Les 7 et 8 juin 2018, à Marseille

Les propositions de communication sont à adresser avant le 15 novembre 2017 sous forme d’un résumé de deux pages minimum (format Word). La première page comprendra le titre de la communication proposée, le(s) nom(s) du (des) auteur.e.s et leurs coordonnées (prénom, nom, appartenance institutionnelle, adresse postale, téléphone, courrier électronique).

La proposition devra mentionner la problématique, la méthodologie, les données, ainsi que l’éventuelle originalité des résultats attendus ou leur possible transférabilité, généralisation, sans omettre quelques références bibliographiques.

Les propositions sont à envoyer sous format électronique à l'adresse jdl2018[@]cereq.fr
(Si vous recopiez l'adresse mail dans votre messagerie, n'oubliez pas d'enlever les crochets [ ] avant d'envoyer votre message).
 

Le Comité scientifique communiquera les décisions aux auteur.e.s avant le 22 décembre 2017. Les textes définitifs des communications devront parvenir au Comité au plus tard le 15 mars 2018.

Téléchargez la version anglaise ici.

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Les transitions des jeunes vers l’âge adulte, qu’elles concernent le domaine de la relation formation-emploi et celui de l’entrée dans la vie active (Paul et Rose, 2008), l’émancipation familiale, l’acquisition d’une autonomie résidentielle et sociale, la mise en couple et la constitution d’une famille (Ferrari, Pailhé, 2017), constituent, par leur caractère processuel qui n’a cessé de s’affirmer au cours des dernières décennies (Galland, 1991), un phénomène qui se prête particulièrement à l’analyse longitudinale. De nombreux auteurs ont par ailleurs régulièrement souligné les profondes transformations opérées dans ces processus de transition, caractérisés à la fois par une logique d’allongement et de désynchronisation croissante entre les différentes dimensions.

Ces préoccupations autour du caractère processuel du passage à l’âge adulte ont conduit depuis plus de trente ans au renouvellement ou à la création d’outils d’observation spécifiques : création de panels de suivi des entrants en 6ème par la direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance du ministère en charge de l'éducation, prolongés par les enquêtes EVA de l’Insee, enquête sur le passage à l’âge adulte de l’Ined, rénovation des enquêtes du Céreq sur l’entrée dans la vie active des sortants de formation initiale, etc. Elles ont aussi suscité la création de dispositifs spécifiques d’enquête qualitative pour comparer, dans différents contextes sociétaux, les modalités de passage à la vie adulte (Longo et al., 2013).

Ainsi, dans le champ de la relation formation-emploi, le Céreq a profondément renouvelé dès le milieu des années 1990 son dispositif d’enquêtes destinées à documenter les conditions d’insertion professionnelle des sortants de formation initiale. La réflexion s’est orientée vers un nouveau dispositif statistique d’enquêtes répétées tous les trois ans (dispositif Génération) permettant d’interroger au même moment l’ensemble des sortants à tous les niveaux de formation avec une profondeur temporelle - jusqu’à 10 ans après la fin de formation initiale - supérieure à ce qui se pratiquait jusqu’alors. Ce dispositif a permis d’ouvrir le champ d’analyse et à la fois de questionner l’instabilité croissante du marché du travail des jeunes et d’interroger l’accès à l’autonomie résidentielle, la formation de la famille, la progression dans la carrière, les arbitrages entre vie professionnelle et vie familiale, etc.

Après deux décennies d’études et d’analyse des résultats des différentes enquêtes, la possibilité est aujourd’hui offerte de s’interroger sur l’évolution de l’insertion professionnelle des jeunes sur longue période et ainsi de caractériser les permanences observables mais, également, les principaux changements identifiables en matière de transition des jeunes vers l’âge adulte et la vie professionnelle (Buchmann, Solga, 2016). D’autres dispositifs disposant d’un certain recul existent, comme les enquêtes nationales de l’Observatoire de la vie étudiante depuis 2000 qui permettent d’explorer les conditions en amont de la fin des études, sans compter les enquêtes réalisées dans d’autres pays comme le National Longitudinal Survey of Youth (NLSY) étatsunien, dont la première édition date de 1979, le Longitudinal Study of Australian Youth (LSAY) ou encore le Longitudinal Study of Young People in England (LSYPE). Ces dispositifs d’enquête ouvrent la possibilité d’interroger les permanences et évolutions des transitions de la jeunesse vers l’âge adulte dans d’autres environnements économiques et institutionnels et d’ouvrir à des comparaisons internationales. Mais, à l’inverse, on peut tout aussi bien privilégier une perspective plus locale et examiner comment les transitions de l'école à l'emploi et à l'autonomie ont pu évoluer en trente ans sur un territoire donné (migrations, désynchronisation des étapes du processus, influence des politiques de la ville, etc.). 

Des permanences sont repérables dans les formes sociétales que prennent les transitions vers l’âge adulte (Moulin 2012 ; di Paola et al., 2014), mais aussi dans les usages du système de formation : jeunes peu qualifié.e.s encore peu rattrapé.e.s par des dispositifs de seconde chance, précarité des premiers emplois sur le marché du travail, valeur ajoutée des filières sélectives ou encore du point de vue des inégalités qui demeurent dans l’accès à l’emploi et les débuts de vie professionnelle en raison de l’origine des jeunes (Brinbaum et Issehnane, 2015) ou du sexe, malgré la réduction des ségrégations  éducatives et l’attention  renforcée du législateur sur ces questions depuis une quinzaine d’années. 

Des changements existent aussi en matière de structure des parcours, comme la suspension du service national, les différentes formes de contrats de travail portées par les politiques de l’emploi, l’interpénétration croissante des sphères de la formation et du travail (développement des activités professionnelles en cours d’études et des reprises d’études après quelques années de vie professionnelle). Plus récemment, la réforme de la voie professionnelle ainsi que les transformations continues de l’enseignement supérieur : réforme du LMD, création des licences professionnelles, massification de l’entrée dans l’enseignement supérieur, montée en puissance de l’alternance, professionnalisation des enseignements, essor des institutions privées de formation, ouverture croissante des cursus à l’international etc. sont d’autres motifs d’évolutions. Nombre d’entre elles suggèrent une porosité croissante entre le temps des apprentissages formels et les temps de travail expérientiel et productif. Autrefois bien disjoints, ceux-ci se combinent, se chevauchent ou se juxtaposent dans les parcours tendant à brouiller les repères des processus d’autonomisation vers l’âge adulte. 

Au-delà de la transition du système éducatif vers l’emploi, il apparaît aussi légitime de considérer que, non seulement les autres dimensions du cheminement vers l’âge adulte ne sont pas restées figées au cours de la période considérée, mais qu’elles ont pu être influencées par - ou au contraire influer sur - les conditions d’entrée dans la vie active. Ainsi, ces journées se proposent de questionner les évolutions de la jeunesse elle-même et des conditions qui lui sont faites pour cheminer vers l’âge adulte et accéder à certaines formes d’autonomie qu’il faudra définir, dans toutes leurs dimensions (éducation et formation, emploi, métier, logement, santé, construction familiale, activités associatives et militantes, engagement civique, bénévolat, par exemple). 

L’accès à l’autonomie peut s’analyser selon différents aspects de la vie sociale susceptibles de la favoriser ou au contraire de la freiner, au premier rang desquels on peut trouver : 

  • Le système éducatif : facteur d’émancipation pour un nombre croissant de jeunes ou producteur d’inégalités croissantes entre diverses fractions de la jeunesse ?
  • Le marché du travail : intégrateur pour les débutants ou lieu de déclassement pour les diplômé.e.s, voire de discrimination et d’exclusion pour d’autres ?
  • Les politiques publiques, qu’elles relèvent des politiques d’emploi, de formation ou plus largement des politiques de jeunesse : réellement compensatrices d’inégalités structurelles entre générations (Chauvel, 2010) ou s’avérant finalement peu efficaces à moyen terme, voire contribuant uniquement au traitement social du chômage.
  • Les contextes culturels, politiques et institutionnels, dont les changement dans le temps ou dans l’espace (Ryan, 2001 ; DiPrete et al., 2017) interrogent la manière dont les transitions individuelles sont encadrées et structurées par des normes, des rites de passage, des hiérarchisations dans ce qui fait valeur. La focale pouvant porter tout autant sur l’évolution de cet environnement que sur les transformations éventuelles des missions ou du rôle d’institutions ou d’organismes intervenant dans la transition de l’éducation à l’emploi ou/et de la jeunesse à la vie adulte.
  • Mais une perspective de longue période invite aussi à encourager les travaux réinterrogeant, sur un plan théorique, les grilles de lecture de l’insertion ou de la transition professionnelle formulées dans les années 1980 et 1990 par des auteurs comme José Rose (1984), Michel Vernières (1997) ou Jean Vincens (1997) en France ou, à l’étranger, les approches de Walter Müller  (Shavit  et Müller, 1998 ; Müller et Gangl, 2003) ou de David Raffe  (2014) entre autres.
  • Les  rapports  sociaux  d’âge,  par  exemple  l’idée  selon  laquelle  les  jeunes  seraient  les premier.ère.s à expérimenter les transformations des normes d’emploi, doivent aussi être pris en compte (Fondeur et Minni, 2005).

D’autres aspects de la transition jeune–adulte peuvent bien sûr faire l’objet d’une proposition pour ces journées, dès lors qu’elle s’inscrit dans le thème général du colloque et présente un caractère longitudinal.

Comme d’habitude lors de ces journées, les travaux présentés pourront relever de différents champs scientifiques et notamment de la démographie, de l’économie, de la psychologie, des sciences de l’éducation, de la sociologie. Les travaux à caractère « quantitatif » présentés peuvent tout autant reposer sur des enquêtes ad hoc, à fort investissement méthodologique, que sur l’analyse secondaire de sources de la statistique publique. Les études à caractère « qualitatif » sont tout autant les bienvenues (études de cas, observations participantes, entretiens biographiques, etc.).

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Références :

Brinbaum, Y., Issehnane S. (2015). Les débuts de carrière des jeunes issus de l’immigration : une double pénalité ?, Céreq, BREF n°341, décembre.

Buchmann M., Solga H. (eds.) (2016) School to work transitions across time and places: Patterns, socioeconomic achievement and parenthood. Research in Social Stratification and Mobility, vol. 46, part. A.

Chauvel L., (2010), Le destin des générations : Structure sociale et cohortes en France du XXe siècle aux années 2010. Paris: Presses Universitaires de France.

di Paola V., Dupray A., Moulin S. (2014) « Las normas de transición de la escuela a la vida activa en tres contextos societales » p. 183-203 in Pérez, Pablo Perez, Mariana Busso (coords.) Tiempos contingentes. Inserción laboral de jóvenes en la Argentina post-neoliberal. Editorial Miño y Dávila, Buenos Aires.

DiPrete T.A., Bol T., Ciocca Eller C. and van de Werfhorst H. G. (2017). School-to-Work Linkages in the United States, Germany, and France. American Journal of Sociology 122, no. 6 (May): 1869-1938.

Ferrari G., Pailhé A. (2017). Transition to adulthood in France : Do children of immigrants differ from natives?, Advance in Life Course Research, 31, 34-56.

Fondeur Y., Minni C. (2005), « L’emploi des jeunes au cœur des dynamiques du marché du travail », Économie et Statistique, n° 378-379, 85-104.

Galland O. (1991), Sociologie de la jeunesse, l’entrée dans la vie active, Paris, Armand Colin.

Longo, M. E., Bourdon S., Charbonneau, J., Kornig, C. et Mora, V. (2013). Normes sociales et imprévisibilités biographiques. Une comparaison France, Québec et Argentine. Agora Débats jeunesses, (65), 93-108.

Moulin S. (2012). L’émergence de l’âge adulte : de l’impact des référentiels institutionnels en France et au Québec » SociologieS, en ligne le 27 janvier, sociologies.revues.org/3841

Müller W., Shavit S. (1998) From school to work : a comparative study of educational qualifications and occupational destination. Oxford: Clarendon Press.

Müller W., Gangl M. (2003) Transitions from education to work in Europe : the integration of youth into EU labour markets. Oxford: Oxford University Press.

Paul J.-J. et Rose J. (dir.) (2008). Les relations formation-emploi en 55 questions. Dunod.

Raffe D. (2014) Explaining national differences in education-work transitions - twenty years of research on transition systems. European Societies, 16(2), 175-193.

Rose J., 1984, En quête d’emploi. Formation, chômage, emploi, Economica. 

Ryan, P. (2001). The School-to-Work Transition : a Cross-National Perspective. Journal of Economic Literature 39(1), pp. 34-92.

Vernières M. coord., 1997, L’insertion professionnelle. Analyses et Débats, enjeu économique et social, Paris, Economica

Vincens J., 1997, « L’insertion professionnelle des jeunes. À la recherche d’une définition conventionnelle », Formation Emploi, 60, p. 21-36.